« La saveur de la vie »

Rav Simh’a Rabinovitch, dans son sublime Livre Piské Téchouvot Chabat IV page 1, écrit : Le H’afets H’aïm écrit dans le Michna Béroura au début du chapitre 345 : l’interdiction de transporter un objet d’un domaine à l’autre durant le jour de Chabat s’inscrit dans les ‘’travaux’’ interdits durant le jour de Chabat, ceci Moché l’a reçu au mont Sinaï. Les Sages ont trouvé un appui dans le verset Chémot 36-6 – lorsque les Enfants d’Israël apportèrent à Moché les matériaux pour l’édification du Tabernacle Moché leur dit d’arrêter d’apporter des éléments, depuis ce verset les Maîtres du Talmud au traité Chabat 96 déduisent l’interdiction de porter le jour de Chabat.

Le Rachba, Tossfotet Or Zaroua font remarquer que cet acte est différent des autres interdits propres au Chabat. Effectivement, chaque ‘’travail’’ interdit durant Chabat est une action qui transforme l’objet, par exemple : lorsqu’on écrit on transforme la feuille, lorsqu’on coud on modifie le fil, lorsqu’on cuit on transforme l’aliment, et ainsi de suite pour les ‘’travaux’’ interdits pour Chabat, alors que lorsqu’on transporte un objet d’un lieu à l’autre l’objet ne subit aucune transformation ! Cette particularité de cet acte nommé l’interdit de ‘’hotsaa’’ ne change rien à son interdit, et reste un acte répréhensible et une transgression grave du Chabat.

Le Péné Yéochoua note que le salaire essentiel dû au Chabat, ainsi que la sanction de celui qui transgresse Chabat, est dit à propos de l’interdit de ‘’hotsaa’’ – effectivement, dit-il, il faut une grande vigilance quant au respect de cette loi, le prophète Yirméya appelle Israël « ainsi a dit D’IEU : protégez votre être et ne transportez rien durant le Chabat… » (17-21). On retrouve de nombreux versets dans la prophétie de Néh’émiya où il invite le peuple d’Israël à respecter Chabat et ne point porter.

Le Zohar Hakadoch écrit : celui qui déplace un objet d’un domaine à l’autre durant le jour de Chabat cause le déplacement d’Israël de leur terre vers l’exil ! Le Mégalé Amoukot écrit : celui qui fait attention de ne rien porter pendant Chabat il connaîtra l’expiation de ses fautes, le verset dit « véhou rah’oum yéh’aper avon » (Téhilim 78), le mot ‘’yéh’aper’’ – expiation, se décompose de la sorte : le youd – pour yah’id, le kaf – pour karmélite, le péh – pour pétour, et le rech – pour rabim, ce sont les quatre domaines que nous distinguons dans les lois de l’interdiction de ‘’hotsaa’’.

L’interdiction de porter Chabat est mentionnée une deuxième fois dans la Tora dans Chémot 16-29, et répétée dans les textes des Prophètes. Au traité Chabat 12A, le Talmud nomme cet interdit ‘’la grande loi du Chabat – hilh’éta rabéta léchabat’’.

Il y a quelque chose qui nous échappe dans cet acte, et pourtant il reste la grande loi du Chabat, et tout le Chabat en dépend. Transporter un objet nous semble être un acte banal et anodin, et pourtant le Chabat se joue dans ce que nous avons dans la poche ou dans les mains lorsque nous sortons de la maison ! Peut-être que justement c’est là que se joue toute la puissance du Chabat, introduire Chabat même là où on ne voit que de la banalité, et c’est peut-être le sens profond du Chabat : il n’y a rien de banal dans la vie ! Chabat nous apprend que tout a une valeur et rien ne doit être négligé, tout a un sens et tout doit être pris au sérieux. La vie ne se joue pas seulement dans les choses qu’on transforme mais même dans ce qui reste pareil, on peut trouver une saveur et un goût.

Le défi de la vie se trouve là où on s’y attend parfois le moins ! C’est la saveur de la vie !

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