« Toujours d’Actualité » – par Rav Moché Mergui, Roch Hayéchiva

Le Michkan édifié dans le désert par Moché Rabbénou et, ensuite, le Beth Hamikdach construit par le Roi Chlomo à Yérouchalaïm constituaient le Lieu sacré où étaient offert en sacrifice : le règne minéral avec l’eau et le sel ; le règne végétal avec le vin, l’huile d’olive, la farine de blé et l’orge ; le règne animal avec le gros bétail et les oiseaux.

L’homme, constructeur et animateur de ce Sanctuaire, possédait la noble fonction d’offrir les différents sacrifices : korban ola : l’holocauste ; korban h’atat : l’expiatoire ; Hacham : le délictif ; Chélamim : le rémunératoire ; Minh’a : l’offrande de farine.

De nos jours le Bet Hamikdache est détruit. La question se pose alors : l’être humain se trouverait-il dans l’impossibilité d’accomplir sa mission sacrée ?

Tous les matins, en introduction à la Téfilah, nous déclarons : « Maintenant, à cause de nos fautes, le sanctuaire est en ruine, l’offrande quotidienne est annulée, et nous n’avons ni Cohen en service, ni Lévy sur son estrade pour chanter, ni Israël par sa présence. Nous remplacerons les taureaux par les

paroles prononcées par nos lèvres ».

En effet, le Prophète Osée 14/3 exhorte les Béné Israël en disant : « Reviens Israël à Hachem, car tu es tombé par ton iniquité. Prenez des paroles avec vous et retournez vers Hachem, dites LUI : TOI qui pardonnes tout iniquité, accepte notre amélioration, et par nos lèvres nous remplacerons les taureaux. »

La Téchouvah [le repentir] ouvre les portes de la réconciliation. Par nos supplications, accepte notre amélioration, et par nos lèvres ce sont nos prières qui remplacent tous les sacrifices.

Le Korban, comme son nom l’indique, permet le rapprochement. De nos jours, le Korban se fait principalement par la Téfilah. C’est par la parole toujours d’actualité que l’être humain s’adresse au Créateur pour Lui demander le pardon de ses fautes, solliciter la parnassah, la guérison, la réussite etc…L’Etude de la Torah, c’est-à-dire la compréhension des Textes, est indispensable pour accomplir la Volonté divine.

Pour que la Téfilah atteigne son but, c’est-à-dire établir la relation avec Hachem, il est très important de réciter mot à mot et de prononcer parfaitement connaître dans la langue que l’on parle.

Cette parole extraordinaire qui caractérise l’âme de l’être humain et qui le distingue ainsi de l’animal, donne la possibilité de communiquer directement avec Hachem.

Nous récitons ainsi dans la 5ème Bénédiction de la Amidah : a) Fais nous revenir Notre Père à Ta Torah, b) Rapproche nous Notre Roi de Ton Service, c) et ramène-nous par un repentir total devant TOI.

Ce Texte reste d’une actualité totale.

Pessah’, où trouver la liberté ? Par Rav Imanouël Mergui

Dans la Hagada de Pessah’ nous lisons une phrase qui a particulièrement suscité mon attention « Je passerais en Egypte en cette nuit-là, et Je frapperais tout premier-né de l’Egypte, de l’homme et de l’animal, et J’opèrerais des prodiges sur les divinités de l’Egypte, Je Suis D’IEU ». Ceci est un verset tiré du Livre de Chémot 12-12. Sur ce verset la Hagada dit « Moi et non un envoyé, Je suis D’IEU, Je suis Lui et pas un autre ». Que veut dire cette phrase ? Qu’est-ce qui est mis ici en avant ? Qu’est-ce qu’on cherche à préciser ? Quelle erreur aurions-nous pu faire pour insister sur cette annonce « Je suis D’IEU » ? Qu’est-ce que l’auteur de la Hagada veut nous livrer ?

Dans un premier temps il est facile de déduire que la Sortie d’Egypte, la Liberté d’Israël a été opérée par D’IEU lui-même ! Il n’a usé d’aucun intermédiaire…

Mais persistons dans la question : qu’est-ce que cela change si c’est D’IEU ou un intermédiaire ? l’essentiel n’est-il pas que nous soyons libérés de cette Egypte barbare ?!

Autre question : l’intermédiaire agit selon la volonté divine ? Y-a-t-il quelque chose sur terre qui se produit sans la volonté et le commandement divin ? D’IEU se trouve de partout !

Pour comprendre cette annonce revenons sur sa formule :

‘’Je Suis’’ – c’est incroyable que D’IEU s’annonce comme étant là. Il y a des gens qui pensent que D’IEU nous a oublié, qu’il n’est pas là. Cependant avons-nous besoin de leur rappeler que D’IEU EST ?! Celui qui ne veut pas Le voir on ne sera pas plus avancé en le lui rappelant. Le non croyant ne sera pas emballé en lisant cette phrase, il s’entêtera dans son incroyance en D’IEU même s’il le lit dans la Hagada. Et si la Hagada ne parle qu’au croyant, celui-ci sait déjà que D’IEU EST !

‘’Je Suis Lui’’ ‘’ani hou’’ ! Qui est ‘’lui’’ pour nous rappeler que le ‘’lui’’ est D’IEU ?

Notre Grand Maître Rav Chlomo Wolbe ztsal écrit une notion fondamentale concernant la Foi. Tout d’abord nul ne croit en rien. Tout homme croit en ‘’quelque chose’’ dans sa vie. Le non croyant n’est pas celui qui ne croit en rien, cela n’existe pas. Le non croyant est celui qui croit en quelque chose, mais ce en quoi il croit il ne le relie pas à une puissance suprême, il s’accroche à un ‘’quelque chose’’ dont il maîtrise son existence. En vérité ceci est un leurre. Prenons en exemple : vous faites confiance à une personne, vous travaillez avec elle etc., puis un jour vous vous rendez compte qu’elle vous a menti voire manipuler, là vous dites ‘’tu as trahi notre confiance’’. Tout le monde fait confiance en une autre personne dans sa vie. Le client fait confiance au commerçant, le malade fait confiance au médecin etc. Et c’est normal qu’il en soit ainsi ! Nous maîtrisons quelque peu cette confiance même si souvent elle nous échappe, mais elle nous donne un sentiment de faire confiance à une chose qui nous est familier, alors lorsqu’on est trahi on se dit qu’untel fait partie des gens malhonnêtes, puis on cherche une autre personne. Mais, en vérité u fond de nous nous savons très bien que nul n’est à même de conserver cette confiance indéfiniment, il y a toujours un élément extérieur qui nous a échappé et ceci fini en déception. La confiance en un élément infaillible n’existe pas sur terre. Allons plus loin, dit encore le Rav ztsal : tout ces ‘’quelque chose’’ dans la vie auxquelles nous nous accrochons sont en filigrane une manifestation divine, qui nous trahit, pourquoi ? Parce que nous nous arrêtons au quelque chose sans aller plus loin, sans remonter plus haut. Tout ce que à quoi l’homme croit, s’il l’appelle D’IEU il n’en sera jamais déçu ! Inspiré de cette courte démonstration rapportée ici du Rav ztsal, je me permets de mieux comprendre quelque peu le sens du ‘’Je Suis D’IEU, Je Suis Lui’’. Par essence TOUT EST D’IEU. Le ‘’lui’’, tout ‘’lui’’ soit-il, émane de D’IEU, il ne revient à l’homme seulement de le voir et percevoir, concevoir et apprécier.

Je sais on me dira que ce discours n’est autre que celui d’un croyant. Mais si au fond nous sommes tous croyants de quelque chose ramenons ce quelque chose à une valeur sûre, déterminée et rassurante. Le ‘’je suis d’IEU’’ est la phrase la plus réconfortante et la plus rassurante de notre vie. Plutôt d’occulter l’origine de toutes les croyances et s’accrocher à des valeurs peu fiables, s’évaporant plus vite que l’eau, l’auteur de la Hagada nous invite à reconnaître en toute honnêteté que dans chaque chose se trouve l’origine de la croyance : D’IEU. Je Suis Lui, veut dire : tout Lui auquel tu te bases, te fondes, et avances si tu ne le rattaches pas à sa source qui est D’IEU tu finiras dans la déception sans aucun doute ! Et, Il n’y a rien de plus libérateur que la foi en D’IEU. Si on s’évade jusqu’à D’IEU on connaît les plus grands miracles nécessaires pour connaître la Liberté !

La foi est la voie de la Liberté !

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Le mois de nissan

L’auteur de la hagada s’interroge « yah’ol méroch h’odech », d’où sait-on qu’on doit raconter la Hagada le soir du seder qui est le quinze du mois de nissan, peut-être doit-on raconter la Hagada déjà à Roch h’odech nissan ? De toute évidence nous devons comprendre pourquoi aurions-nous pu penser qu’on doive lire la Hagada depuis le début du mois ? Le gaon Rav Yéhiel Mih’al Feinstein zal (Hagada Chaï Lamora page 100) répond : nous savons que tout le mois de nissan est disposé à la guéoula, comme disent nos Sages c’est en nissan que nous avons été libérés c’est à nissan que nous connaîtrons la guéoula finale, et, puisque tout le mois de nissan est le mois de la guéoula il nous faut un verset qui spécifie que c’est le quinze que nous devons raconter la Hagada et non depuis roch h’odech ! Il ressort que même si la fête de Pessah’ et la guéoula se passe le quinze du mois c’est déjà depuis le début du mois que nous devons sentir les pas de la guéoula arrivés. Par conséquent depuis roch h’odech nissan nous devons être prêts pour le quinze. Rajoutons que la mitsva de sanctifier et proclamer le roch h’odech a précédé tous les commandements liés à Pessah’ (voir Chémot chapitre 12). Comme si la liberté commençait par l’organisation de son temps. Dès roch h’odech nissan nous sommes dans l’ère de la liberté. La liberté ne se joue pas qu’un instant celui du quinze du mois, elle se déroule sur tout le mois de nissan…

Merci

Lorsque Rav Yeh’ezkel Lewinstein ztsal (Hagada Yadav Emouna page 206) parlait des miracles de la sortie d’Egypte avec élève ce dernier questionna le Rav : pourquoi D’IEU a fait sortir les impies de l’Egypte ? Le Rav s’exclama : je ne comprends pas, au lieu de te plaindre de ce que l’autre reçoit, impie ou juste, remercie d’être là aujourd’hui ! Es-tu si mauvais pour ne pas partager la sortie d’Egypte ?! Tu n’as même pas besoin d’essayer de comprendre les calculs divins. Tu as reçu un bienfait de la part de D’IEU dis merci, c’est tout ! Le Rav poursuit : lorsqu’on nous sert un verre d’eau de certains qui râlent ‘’c’est tout ce qu’il y a à boire’’. Voyez, lorsque les enfants d’Israël étaient en Egypte, lors de la première plaie qui a transformé toutes les eaux égyptiennes en sang, les Enfants d’Israël eux avaient de l’eau, imaginez la joie qu’ils ont ressenti à ce moment-là ! Ainsi chaque fois que nous buvons de l’eau nous devons nous imaginer qu’autour il n’y a que du sang et que nous avons la chance et le bonheur de boire un verre d’eau. Apprends à dire merci sur ce que tu reçois sans regarder dans l’assiette de l’autre et sans te poser aucune question !

Parachat Vayikra

La tête et le corps

Il y a une loi intéressante à propos des sacrifices. Une personne qui apporte un sacrifice nommé ‘’ola’’ si c’est un oiseau au moment du sacrifice le Cohen devra séparer la tête du corps de l’oiseau. Si une personne approche un sacrifice nommé ‘’h’atate’’ et que celui a apporté un oiseau, là le Cohen n’aura pas le droit de séparer la tête du corps de l’oiseau ! Pourquoi cette différence ?

Rav Reouven Karlinstein zal (Yéh’i Reouven page 46) rapporte au nom du Avné Nezer :

Le sacrifice ‘’ola’’ vient expier une faute dite de ‘’hirhour halev’’ une pensée interdite. Les pensées viennent de la tête, mais l’homme peut être surpris de considérer cela comme une faute prétextant que la pensée lui a surgit spontanément. Certes on lui dira, mais ta faute est d’avoir laissé ta pensée s’insérer dans ton corps – là il faut séparer la tête du corps ! Son erreur est d’avoir lier son corps à sa tête.

Le sacrifice ‘’h’atate’’ vient expier une faute que l’homme a commise sans avoir réfléchi sur ce qu’il s’apprêtait à faire, donc là on lui dit qu’il aurait dû relier sa tête à son corps et ne pas agir sans réfléchir ! Son erreur est d’avoir délier le corps de la tête.

Le sang et la graisse

Dans le processus des sacrifices la Tora qu’on approche sur l’autel le sang et les graisses de l’animal. Qu’est-ce qu’il y a de si particulier dans ces deux éléments ? Comment l’homme va trouver expiation de sa faute par cela ? Le Gaon Rav Ben Tsion Moutsapi chalita (Dorech tsion page 33) commente : la graisse est un élément figé, il fait référence à la paresse de l’homme ! A contrario, le sang est fluide, il fait référence à l’expression impulsive de l’homme. L’homme trouve expiation lorsqu’il corrige ces deux états d’âme qui le conduisent à la faute. L’homme doit trouver l’équilibre entre ces deux éléments opposés, trop fluide ou trop figé sont des états négatifs. Il faut retenir son impulsivité et surmonter sa paresse.

La puissance de l’acte

La Tora prévoit un sacrifice expiatoire pour une personne qui a fauté involontairement ou par inadvertance (chapitre 4 verset 2). C’est une des notions des plus puissantes de la Tora de considérer comme faute une erreur commise dans cet élan. Effectivement pour les humains lorsqu’on commet une erreur dans cet état on se libère par un simple ‘’je n’ai pas fait exprès, ce n’était pas mon intention’’ etc. Certes une faute commise volontairement est plus répréhensible qu’une commise sans intention, mais l’acte de la faute est également une faute à réparer. Le Ramban explique que l’action de la faute, même celle dénuée de toute volonté de fauter est à corriger, parce que cet acte interdit imprime un défaut dans l’être qui fait que l’homme n’est pas à même d’accueillir la lumière divine. Cela veut dire qu’une mauvaise action même sans intention laisse des traces sur la personne. Il est d’autant plus impressionnant de constater que nos actes ont un tel effet sur nous-même, même lorsqu’ils sont inanimés de réflexion ! Nous ne sommes pas assez conscients des pouvoirs qui nous habitent.

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