Spectateur ou Acteur… Acteur ! » – par Rav Moché Mergui, Roch Hayéchiva

La Torah dit (Parachat Vayéra 18-1 : « HACHEM se révéla à lui (à Avraham) dans les plaines de Mamré, tandis qu’AVRAHAM était assis à l’entrée de sa tente pendant la chaleur du jour ».

RACHI précise que cette Révélation avait pour but de rendre visite au malade [BIKOUR H’OLIM] souffrant des suites de la MILAH. HACHEM nous donne ainsi ce remarquable exemple à suivre, celui de rendre visite aux malades. Le mot hébreu BIKOUR signifie inspecter le malade : la visite consiste à vérifier ce dont le malade a besoin.

En effet, AVRAHAM éprouve la passion d’accomplir les MITSVOTS de HACHEM.
AVRAHAM est souffrant, et il a ainsi une bonne raison pour rester au calme dans son lit. NON ! Il se tient à la porte de sa tente malgré la chaleur du jour. L’absence d’invités le rend davantage souffrant que sa souffrance personnelle. Alors HACHEM, pour faire plaisir à AVRAHAM, lui envoie « trois visiteurs ». A la vue de ses trois hommes, le comportement d’AVRAHAM est surprenant et nécessite explication.

Dans le verset 3, AVRAHAM dit à HACHEM : « Si j’ai trouvé grâce à Tes Yeux, ne Passe pas devant ton serviteur ». Il se permet de demander respectueusement à HACHEM de l’attendre, le temps d’accueillir les trois étrangers. Peut-on imaginer que le Roi vous rende visite et que vous lui demandiez d’attendre le temps d’accueillir un invité ? Cela paraît invraisemblable ! Comment expliquer ce comportement surprenant qui consiste à demander à

HACHEM de l’attendre, même pour accomplir une MITSVAH ?
RABBI YEHOUDA, dans le Traité CHABBAT, conclut un enseignement fondamental du comportement d’AVRAHAM : « Guedolah hah’nassat orh’im mikabalat pné acheh’inah [Grande est la MITSVAH d’accueillir des invités, davantage encore que de recevoir la CHE’HINA. »]

Certes, la visite du Roi des Rois HAKADOSH BAROUKH HOU à un malade est un grand honneur. AVRAHAM AVINOU est en extase devant cette Révélation divine, il LA contemple, il atteint un niveau spirituel très élevé, mais il ne se sent que spectateur.

AVRAHAM est passionné par le fait d’AGIR dans le cadre exclusif de la Volonté divine, à commencer par combattre totalement l’idolâtrie. Pour le premier des Patriarches, accueillir des étrangers, c’est leur faire découvrir, par sa générosité, l’Existence d’HACHEM. C ‘est la manière la plus grande et la plus noble d’honorer la Présence divine.

Entre le fait d’être spectateur de la Présence divine et celui d’être véritablement Acteur pour diffuser les valeurs de la Croyance divine, il n’y a pas de doute : il faut choisir d’être ACTEUR de la Volonté divine.

Rendre visite aux malades et accueillir les invités font partie de la grande MITSVAH d’aimer son prochain comme soi- même.
Le ROI des ROIS HAKADOSH BAROUH’ HOU apprécie l’Acteur qui accomplit Son RATSON, c’est-à-dire Sa Volonté de sanctifier son Nom auprès de son entourage. Il s’agit d’un véritable KIDOUCH HACHEM.

Ma Mère – par Rav Imanouël Mergui

La Tora continue de nous raconter la vie de Avraham notre Père et les épreuves qu’il rencontre dans sa vie. Je me suis toujours demandé qu’elle est la force qu’il a trouvé pour continuer d’avancer malgré tous ces exercices ? Certes il faut être animé d’une confiance en D’IEU inouïe, je pense aussi qu’il faut être constitué d’une force d’âme, en tout cas il faut acquérir cette force. D’IEU ne choisi pas seulement des gens forts, IL offre à chacun la possibilité d’être et de devenir fort. Et, certainement, la foi en D’IEU lui a délivré cette force.

Le Talmud au traité Baba Batra 91A nous délivre le nom de la mère de Avraham : Amtélaï bat Carnévo ! Si la Tora ne nous dévoile pas son nom c’est, nous explique le H’atam Sofer (commentaire sur Sanhédrin 99A – rapporté dans Echet H’aïl page 37 de Rav Y.M. Stern), une preuve que la Tora n’est pas un livre d’histoire, car lorsqu’on fait de l’histoire on n’omet pas d’indiquer les prénoms des parents des personnages cités !

Alors pourquoi le Talmud nous le dévoile ?
Le H’atam Sofer poursuit, si le Talmud nous le dévoile c’est bien qu’on le connaissait depuis toujours.

Mais alors la question persiste, pourquoi la Tora a décidé de le taire ?
Le Chevet Moussar raconte une anecdote incroyable: Nimrod avait vu dans les astres qu’un homme viendra au monde et détruira ses idéologies, il décréta alors de tuer tous les garçons. Amtélaï décida de cacher sa grossesse même à Térah’ son

mari, elle accoucha dans une grotte et le cacha.
D’après cela on peut dire que Amtélaï vivait sous le principe du ‘’caché’’, Avraham a grandi dans la discrétion !

Allons plus loin, Avraham trouve sa force, sa foi, dans l’éducation et la protection qu’il reçu de sa mère. S’il y a bien un personnage qui doit toujours aimer, défendre, protéger l’homme c’est sa mère. Il y a ici deux points fondamentaux1) la mère de Avraham qui le protège, 2) son message : la discrétion.

C’est peut-être la raison pour laquelle à chaque fois Avraham dit à Sara de cacher son identité. Et cela explique aussi pourquoi Avraham ne dit pas à Sara ce qu’il va faire ou ne pas faire à Yitsh’ak au moment du nouage de Yitsh’ak sur le mont Morya.

Le Gaon Rav Ben Tsion Moutsapi écrit (sur son site Dorech Tsion note 39847) : Amtélaï était une grande Tsadékète et une grande croyante en D’IEU !

C’est incroyable, imaginez le couple : Térah’ le père de Avraham excelle dans l’idolâtrie, et Amtélaï sa mère pieuse et croyante. Elle a su l’attirer vers la foi en D’IEU en le protégeant et en le cachant. Cela veut dire qu’elle avait compris qu’il y avait un monde caché, intime, profond, qui ne se dévoile qu’à celui qui le cherche et veut le découvrir ! Elle a appris à son fils que le monde ne se résume pas à ce qu’on voit. C’est l’idée même du H’atam Sofer : la Tora va au-delà de son écriture et de son récit. Il faut chercher l’intériorité à travers ce qui nous est dévoilé. Avraham va chercher l’intimité du monde et il y trouve D’IEU. Il me semble que

ce rôle est celui de la femme par excellence. Effectivement D’IEU a fait que la conception de l’enfant se fait dans un lieu et de manière cachés ! L’homme est conçu dans ce qu’il ne se voit pas ! La pudeur n’est pas la prison de la femme, la pudeur nous apprend à mieux apprécier la valeur des choses visibles. Le monde d’aujourd’hui est un monde atteint d’un voyeurisme chronique, ce phénomène ne nous apprend pas à apprécier les choses selon leur valeur profonde, pire cela nous apprend à déprécier la saveur des éléments de la vie. Avez- vous demandé à un magicien de vous dévoiler ses secrets ? Avez- vous demandé à un grand chef cuisiner de vous donner la recette de ses mets. Avez-vous reçu une réponse de leur part ?! Pourquoi ? Parce que si vous connaissez la réponse vous n’apprécierez plus le tour de magie et le bon plat.

La mère est la seule personne au monde qui peut mener son enfant vers l’objectif profond de sa vie, vers les profondeurs de sa vie. La mère défend son enfant à tout prix, c’est ce qui le forme et lui permet d’avancer et d’aller très loin dans la vie… !

Cette semaine se tenait la Hiloula de Rah’el Iménou (dimanche 11 h’echvan-17 octobre). J’ignore pourquoi c’est la seule femme pour laquelle on fait une hiloula ; mais le talmud traité Méguila 13B dit : par le mérite de la pudeur et du silence dont Rah’el a fait preuve elle enfanta Chaoul et Esther.

C’est elle qui peut donc prier pour la Guéoula (Yirméyahou 31-14). Parce que Galoute (exil) veut dire ‘’dévoilé’’…

Parachat Vayéra

Lorsque les anges se présentent chez Avraham ils lui annoncent que l’année prochaine il aura un fils (18-10). Notons que cette annonce lui est faite après que Avraham et Sara ont reçu des invités. Le Midrach Tanh’ouma (Ki Tétsé 2) apprend d’ici que par le mérite d’introduire des invités chez soi ‘’ah’nassat orh’im’’ l’homme reçoit des enfants ! Ouvrir sa porte aux autres entraîne de nombreuses bénédictions. Offrir son repas et son hospitalité aux autres leur redonne goût à la vie, ils se sentent aimés et considérés. D’IEU renvoie tous ces sentiments et plus encore à celui qui offre son chez lui aux autres !

Habitudes

Lorsque Avraham introduit chez lui les anges il leur demande quelque chose d’assez étrange « prenez un peu d’eau et lavez-vous les pieds » (18-4). Dans Alim Litroufa (page 216) il rapporte le commentaire suivant : l’eau fait référence à la Tora, et les pieds ‘’ragleh’em’’ en hébreu renferme l’idée de ‘’réguilioute’’ les habitudes. Avraham dit à ses invités qu’avec la Tora ils n’auront aucun mal de se défaire de leurs habitudes. Ceci est intéressant, il y a des gens qui s’accrochent à leurs habitudes plus fortement que n’importe quelle valeur. Ils ont du mal à voir le monde autrement que ce qui le vivent. Ils déchirent famille et communauté au nom de leurs habitudes. Si l’habitude a son sens c’est pour préserver quelque chose et non pour s’emprisonner dans l’habitude elle-même et encore moins pour détruire des relations ou faire du mal aux autres, ou à soi-même d’ailleurs. La Tora nous guérit de ces habitudes destructrices parce que la Tora nous ramène toujours à l’essentiel. En vérité ceux qui s’accrochent farouchement à leurs habitudes c’est qu’ils n’ont aucun objectif.

Yitsh’ak

Avraham et Sara ont un fils, ils le nomment Yitsh’ak (21-3). Si la Tora explique l’origine de ce nom qui est dû au rire et sourire de Sara et Avraham, le Meam Loez propose l’allusion suivante : il décompose les lettres du nom ce qui donne ; youd – valeur numérique dix, faisant allusion aux Dix Paroles, tsadé – les quatre-vingt dix ans de Sara lorsqu’elle mis au monde son fils, h’èt – les huit jours de la circoncision, kouf – les cent ans de Avraham lorsqu’il eut son fils. Ce nom porte l’histoire infini d’Israël. C’est peut- être cela ce qui donne le sourire, voir que notre histoire qui est écrite par nos Ancêtres se poursuit fidèlement au projet divin.

L’espace

Lorsque Hagar est renvoyé du foyer des Patriarches le verset dit « elle erra dans le désert » (21-14). De là nous apprenons, dit Rachi, qu’elle se retourna vers les cultes étrangers de son père (elle est issue de l’Egypte, fille du pharaon). Où est-il fait allusion dans ce verset qu’elle retourna vers l’idolâtrie ? Rav Mordéh’aï Pogremansky zal (Ets Hadaat) répond : celui qui est animé de foi en D’IEU n’est jamais en errance, il sait que là où il se trouve c’est là que D’IEU l’a conduit ! Là où il est il a toujours quelque chose d’intéressant à faire, il n’y a pas de lieu inutile. Là où tu te trouves n’est peut-être pas là où tu avais prévu d’être, mais c’est D’IEU qui fixe les objectifs. Alors ne te lamente pas de là où tu te trouves, essaie plutôt d’y faire quelque chose de valable.

Tsédaka

La Tora nous dit clairement que D’IEU a choisi Avraham parce qu’il enseigne à ses enfants de faire la Tsédaka. Cette immense mitsva qu’il n’est pas toujours facile de mettre en pratique. Le Gaon Rav Yitsh’ak Zilberstein chalita raconte (Alénou Léchabéah’ Béréchit page 221) : un Collelman (personne qui étudie au Collel toute la journée) nous a racontait ce qui lui est arrivé ; il a été contacté par l’école où son fils étudie, ainsi que tous les parents d’élèves, pour que chaque parent s’engage à donner la somme de mille chekel afin de fournir des climatisations dans les classes. Il s’engagea avec plaisir sans savoir comment allait-il remplir son engagement, mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour que les enfants étudient la Tora ! La fin du mois arrivé il reçu sa paie du Collel, qui s’élevait à mille chekel, il courut à l’école de son fils et remit l’argent promis. Moins de quarante huit heures passées il reçoit dans sa boîte aux lettres une lettre d’un oncle qui lui envoie deux mille chekels lui expliquant que ses affaires avaient connu une belle réussite ces derniers temps et qu’il décida d’en faire profiter ceux qui étudient la Tora.

Qui serait prêt de donner toute sa paie à une institution de Tora ?!
Qui a le courage de tenter ? pour recevoir le double !
Et lorsqu’on gagne de l’argent a-t-on l’idée d’aller passer des belles vacances, s’acheter un nouveau frigidaire, un nouvel iphone ou en faire profiter des Collelman, des gens qui étudient la Tora ?…

Ris

Lorsqu’il fait annonce à Sara qu’elle va avoir un enfant elle rit ! (18-12). Si la lecture première de nos versets laisse entendre que Sara a fauté par ce rire il y a une lecture proposée par Rav Refael de Bershid (rapporté par Rav Yaakov ben Sarouk Métikout Hatora page 205). Lorsqu’une femme qui n’avait pas d’enfant après plusieurs années de son mariage, elle se dirigea chez le Rav. Le Rav lui conseilla de garder le sourire et de rester toujours joyeuses. Il expliqua : la Tora dit que Sara rit et juste après il est dit « et D’IEU donna un enfant à Sara ». Son sourire à connu un succès. Il y a un point intéressant : si on dit à une femme stérile qu’elle va avoir un enfant je crois qu’au lieu de rire elle va plutôt pleurer, et là Sara rit ! Donc même si son rire lui est reproché comme en témoigne le verset 18-13 il est malgré tout quelque peu positif parce qu’elle a ri au lieu de pleurer. On ne rit pas assez dans notre vie.

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